Kassav

"Le groupe antillais Kassav' a influencé en partie la musique du disque [Amandla] sur
lequel Marcus Miller, Tommy LiPuma et moi travaillons." Miles Davis
Kassav’ All U Need Is Zouk !
Un nouvel album de Kassav', c’est toujours comme un grand cru de bordeaux, comme un
feu d’artifice du 14-Juillet, comme une finale de Coupe du monde : on y a déjà goûté,
les règles du jeu sont connues, on a l’impression de savoir déjà par quelles émotions on
va passer. Et, à chaque fois, on est pris par surprise, on s’étonne, on se met à battre des
mains comme la première fois…
Avec All U Need Is Zouk, on n’y échappe pas. Encore un nouvel album de Kassav', diton
? On se fait terrasser quand même. Une énorme pulsion de danse et une vraie gravité,
un élan festif implacable et des sentiments forts, l’impression de zapper sur la sono
mondiale et la certitude d’être entre Guadeloupe et Martinique… On n’y échappe pas :
on retrouve tout ce qui est familier chez Kassav' et on se trouve embarqué dans une
nouvelle histoire, un nouveau son, une nouvelle ferveur.
Enregistré pendant le printemps et l’été derniers en Martinique, en Guadeloupe, à la
Barbade, à Paris et à Bruxelles, All U Need Is Zouk est le portrait du plus grand groupe
de la musique antillaise à l’approche de son trentième anniversaire. Ses créateurs
historiques, Jacob Desvarieux et Georges Décimus, toujours flanqués de Jocelyne
Béroard, Jean-Philippe Marthély et Jean-Claude Naimro, ils signent le quinzième
album en studio de Kassav' (mais il faut y ajouter une soixantaine d’albums live et de
disques solo des membres du groupe). Aux manettes, le fidèle ingénieur Didier Lozahic
pour l’enregistrement et Chris Chavenon pour le mix final.
L’enthousiasme du premier album de 1979, Love and Ka Dance, est toujours là et il faut
y ajouter la force et la confiance que donnent des centaines et des centaines de
concerts à travers le monde, le fait d’être des stars loin au-delà de la Caraïbe, dans
toute l’Afrique et dans des îles improbables du Pacifique, dans l’Océan Indien et dans
toutes les banlieues des villes occidentales…
Car on n’invente pas le zouk impunément. Pas grand monde (et même aux Antilles) ne
croyait à ce grand rêve de faire entrer ces petites îles créoles francophones dans le
grand concert du monde. Et pourtant ils l’ont fait, retrouvant dans la vieille mémoire
populaire un rythme du carnaval, le mas a sen jan (du nom de Saint-Jean, garçon
boucher et leader d’un groupe de masques du Pointe-à-Pitre de l’entre-deux-guerres),
sur lequel ils vont jeter une basse funk, une guitare rock, les cuivres de la salsa, des
claviers en folie, des percussions des campagnes et des faubourgs de leurs îles, les
langues créoles mêlées de la Guadeloupe et de la Martinique… Une révolution ? Peutêtre
plus encore…
L’ouragan Kassav' sur les Antilles, c’est l’équivalent, à la fois, du glamour radicalement
nouveau d’Elvis Presley, des tubes des Beatles et des textes de Bob Dylan. Au début des
années 80, la société antillaise est bousculée du haut en bas : tout le monde danse cette
frénésie nouvelle, tout le monde chante en choeur ces refrains qui regardent la réalité
droit dans les yeux (il faut vraiment écouter Syé bwa ou Zouk-la sé sèl médikaman nou
ni), tout le monde est fier des succès de ses artistes à travers le monde. Les stades
africains n’avaient jamais connu de telles foules pour des artistes venus d’un autre
continent, Miles Davis parle du zouk comme d’un choc majeur, Jocelyne Béroard installe
le créole au Top 50 avec Kolé séré en duo avec Philippe Lavil, Kassav' est le premier
groupe noir à chanter en URSS…
Et l’aventure se poursuit, toujours au sommet. Au sommet dans sa communauté et
partout où la musique antillaise touche la foule – à New York, à Miami, partout en
Afrique, dans toutes les îles de la Caraïbe. Alliance unique d’hédonisme et
d’engagement, de recherche musicale et de sens de la fête, All U Need Is Zouk est taillé
pour ces sommets-là.
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